Le bug Facebook

/ Article - écrit par Guillaume (), le 03/10/2012

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Lundi 24 Septembre, la rumeur se propageait comme une trainée de poudre sur le web français : les messages privés de 2008 étaient devenus publics sur les murs Facebook. L'info, pas du tout vérifiée, était attisée par l'indignation, les réactions virulentes et les "preuves".
Marc Zuckerberg, le créateur de Facebook était même sommé de passer dès le lendemain par la case CNIL pour s'expliquer.

Mais parfois il est urgent d'attendre avant de parler d'un sujet, ou de vérifier les informations. Le temps que la vapeur retombe, que les esprits échauffés se calment, que la vérité fasse jour.


Visuel de Goiaberea sur Flickr.

Le bug a-t-il vraiment eu lieu ? On est plus que circonspect maintenant que l'on dispose de plus d'informations. Les explications fournies par Facebook se tiennent : il n'y a pas de bug, il y a une incompréhension de leurs utilisateurs.

C'est vrai que 2008 c'est un peu la préhistoire pour les réseaux sociaux. Facebook a été fondé en 2004, et ce n'est qu'en mai 2008 que l'interface a été francisée.
Nous avions combien d'amis à l'époque ? Une poignée certainement : notre cercle très restreint de réelles amitiés. Nous disions sans doute en public les choses, pourquoi faire autrement puisque les potentiels lecteurs étaient uniquement un tout petit cercle que l'on connaissait bien ?

Puis plus tard, on s'est aperçu que les réglages de confidentialité n'étaient pas si évidents, il faut dire que la firme américaine ne joue pas toujours la carte de la facilité pédagogique. Ni même ne laisse beaucoup de choix.

Alors, maintenant, en 2012, nous connaissons bien mieux la façon de gérer une identité numérique, mais c'est encore loin d'être parfaitement exécuté. Ce n'est pas rare de voir un ami facebook poster un message sur une timeline, pensant poster en privé. Pourtant nous sommes en 2012 ! Imaginez-donc, quand c'était la préhistoire !

Ce ne serait donc pas très étonnant qu'entre l'opacité des règles de confidentialité et la méconnaissance du public de l'époque, les messages aient été en réalité tout à fait visibles là où ils devaient l'être, mais là où nous ne l'aurions pas imaginé, c'est à dire en public.

Dès lors, on ne peut pas parler de bug, car le bug est lié à l'informatique. Mais on aurait bien envie d'évoquer un énorme bug humain, lié à la relation entre Facebook et ses utilisateurs.


Le bug qui menace Facebook.

Si ceux-ci ne comprennent pas efficacement les règles de confidentialité, surtout en 2008, c'est bien parce que rien n'était fait pour les y inciter. Facebook a trop d'intérêt à ce que le maximum de contenu soit public pour trop en faire dans la privatisation.
Le contrat moral semble être à deux vitesses. C'est peut-être normal que des messages qui n'étaient pas réglés comme privés se retrouvent visibles de tous. Mais ce n'est pas normal qu'un grand nombre d'internautes soient persuadés qu'ils auraient dû être privés. L'incompréhension est totale, et rappelle sans faillir qu'il faut toujours y regarder à deux fois quand on utilise une plateforme sociale.

Et si jamais il y a vraiment eu un bug de la machine ? L'avenir nous le dira certainement, on attend les preuves de la chose (personne n'a encore trouvé, alors que l'on compte des millions d'utilisateurs). Mais cela ne change finalement rien : un bug finit tôt ou tard par arriver, à moins que ce ne soit une appropriation illégale par une intervention extérieure. Tout ce que l'on place chez un tiers a toujours bien plus de chance d'être rendu un jour public que ce que l'on garde pour soi.

Reste que pour avoir une communication privée, le meilleur moyen sur le net reste certainement d'utiliser l'email.


Un peu d'humour sur un visuel de CleveredFool.com (Flickr).

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