Free, pub et neutralité

/ Actualité - écrit par nazonfly (), le 05/01/2013

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Décidément s'il y a un fournisseur d'accès à internet (FAI) qui fait le buzz, c'est bien sûr Free. Après son arrivée dans le monde de la téléphonie mobile, voici que la dernière mise à jour de la Freebox Revolution permet désormais de filtrer les pubs sur le web. Une constatation de la part des usagers mais aucune annonce de la part de Free.

À première vue, l'idée de Free semble plutôt sympathique : la pub peut vite se révéler envahissante sur le web (notre petit monde informatique n'est malheureusement pas le seul atteint). Un monde sans ces encarts semble être un monde apaisé où Google (et consorts) ne vous ciblera pas continuellement avec le dernier voyage au soleil ou la dernière console à la mode. Les utilisateurs avertis utilisaient d'ailleurs déjà des logiciels pour bloquer ces pubs, comme le célèbre AdBlock Plus pour Firefox ou Chrome.

Pourtant il existe plusieurs raisons qui font que cette nouveauté semble dangereuse.

La première repose sur l'actuel modèle économique du web :
Cyprien : Le top 5 des pubs sur internet
aujourd'hui la majeure partie des sites (et ici Krinein ne fait exception) finance son hébergement, son trafic par la publicité. Les exemples de sites complètement gratuits et sans pubs (comme Wikipedia ou @rrêt sur image) se basent principalement sur les dons ou les abonnements. L'internaute ayant l'habitude de la gratuité, il faut vraiment qu'il ait le sentiment qu'un site apporte quelque chose de réellement important au paysage pour qu'il lui verse son obole. On peut sans doute le regretter mais le web repose dans une grande partie sur la pub (il n'est pas le seul, la télévision fonctionne elle aussi principalement de la même manière). Et la pub peut être vitale pour certains sites web (là encore, on peut faire un parallèle avec la fin de la pub après 20h sur France Télévisions qui a occasionné un gros trou dans le budget).

La deuxième est sans doute plus importante, même si moins immédiate.
Neutralité du net
En supprimant les pubs, Free se permet de censurer une partie de l'internet, de choisir quels contenus sont libres de passer par son service. Déjà, il est quasiment certain que Free bride volontairement le trafic de Youtube le soir à cause d'un désaccord entre le FAI et le géant américain : pour résumer, Free aimerait bien que Google (propriétaire de Youtube) lui verse un petit quelque chose pour le trafic gigantesque que représente le site de streaming vidéos (on peut d'ailleurs voir dans ce filtrage de la pub une attaque détournée de Google via sa régie publicitaire AdSense). Mais sur ce filtrage, Free fait un pas supplémentaire : il choisit ce qu'il est bon, ou pas, d'afficher chez l'internaute. Aujourd'hui la pub, demain le porno (quoique, connaissant l'histoire de Xavier Niel avec les minitels roses, ce serait étonnant), après-demain Krinein ? Certes, l'option est apparemment désactivable et l'internaute garde, pour l'instant, encore la main. En tout cas l'internaute qui s'y connaît un peu, qui se renseigne.

Cette deuxième raison se base sur le principe de la neutralité du net, déjà fortement mis à mal. Ce principe garantit l'égalité entre tous les flux qui passent par nos fils : que l'on regarde ses photos de Facebook, que l'on regarde une vidéo sur Youtube ou que l'on télécharge un album sur un site de torrent, le flux de données est censé être le même. En passant, il est d'ailleurs assez croquignolesque de voir la ministre de l'Économique Numérique, Fleur Pellerin défendre la neutralité du net alors qu'elle déclarait que « La Neutralité du Net est un concept américain, et qui a tendance à favoriser les intérêts éco de Google, Apple et consorts. » (source : reflets.info).

 

En lançant ce « service », Free parvient une nouvelle fois à faire le buzz mais il n'en reste pas moins qu'on peut se poser des questions sur la suite de l'affaire. Une fois le principe de neutralité du net, on peut imaginer plusieurs conséquences, comme des censures ou encore l'arrivée de différentes offres d'internet selon l'usage : feu Owni avait ainsi fait part d'un document de travail de France Telecom, Bouygues et SFR définissant plusieurs types d'internet, selon les usages (du gros consommateur de bande passante au petit consommateur, de l'utilisateur du web uniquement à l'utilisateur de P2P ou VoIP comme Skype).

Comme quoi, une petite news a priori sympathique peut vite devenir effrayante.

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