La philosophie du libre

/ Article - écrit par nazonfly (), le 24/12/2012

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Notre découverte du monde Linux se poursuit avec sa philosophie. Car oui, comme Microsoft et Apple, GNU/Linux a son propre mode de pensée. Microsoft par exemple a pour idée directrice de s'imposer avec force un peu partout pour qu'ainsi on soit complètement dépendant de Microsoft et que la firme de Redmond se fasse un maximum de blé possible. Apple a suivi une doctrine radicalement différente : faire de beaux produits mais totalement fermés pour qu'on soit complètement dépendant d'Apple et que la firme de Cupertino se fasse un maximum de blé possible. Comment ça je trolle ? Si peu, si peu.

Les quatre libertés fondamentales

Toujours est-il qu'une philosophie est à la base du logiciel libre. En cela il est à différencier de l'open source mais nous y reviendrons plus loin. C'est ainsi que la Free Software Foundation a défini les quatre règles du mouvement libre. L'utilisateur a en effet :


  1. La liberté du gnou
    la liberté d'exécuter le programme, pour tous les usages (liberté 0) ;

  2. la liberté d'étudier le fonctionnement du programme, et de le modifier pour qu'il effectue vos tâches informatiques comme vous le souhaitez (liberté 1) ; l'accès au code source est une condition nécessaire ;

  3. la liberté de redistribuer des copies, donc d'aider votre voisin (liberté 2) ;

  4. la liberté de distribuer aux autres des copies de vos versions modifiées (liberté 3) ; en faisant cela, vous donnez à toute la communauté une possibilité de profiter de vos changements ; l'accès au code source est une condition nécessaire.

La principale idée derrière ces quatre libertés est que le logiciel est différent des objets matériels : il peut être copié et modifié plus facilement. Richard Stallman utilise ici souvent une analogie intéressante avec la cuisine. Un code source est une recette pour l'ordinateur. On n'imaginerait pas interdire à votre chère maman de vous filer sa recette de la soupe aux oignons, même si elle l'a recopiée sur un bouquin. Et on trouvera toujours des grincheux qui préféreront garder leur recette secrète.

Liberté, égalité, fraternité !

Pour aller plus loin avec cette définition du libre, certains utilisent une célèbre maxime : Liberté, égalité, fraternité. Oui, oui, la devise française peut très bien s'appliquer au mouvement du logiciel libre. « Liberté, parce que les utilisateurs sont libres. Égalité, parce qu'ils disposent tous des mêmes libertés. Fraternité, parce que nous encourageons chacun à coopérer dans la communauté. » (source : programmez.com). Si avec ça, vous ne passez pas du côté obscur de la force ! C'est à n'y plus rien comprendre.

Logiciel libre et open source

Pour qu'un logiciel soit libre, il faut donc que son code source soit
DR.
ouvert (= open source). Ces deux termes souvent pris l'un pour l'autre ne sont pourtant pas équivalents : l'open source se contente de l'aspect technique en occultant l'aspect philosophique. On peut ainsi imaginer des logiciels dont le code serait ouvert à tout le monde mais que l'on ne pourrait redistribuer facilement. Certes c'est tordu mais l'être humain peut être très tordu.

Tout est donc affaire de philosophie : si pour vous c'est la liberté qui est importante, parlez de logiciels libres. Si au contraire c'est l'aspect technique qui vous tente, n'hésitez pas à évoquer l'Open source.

Mais ça sert à quoi ?

C'est bien joli toutes ces histoires de philosophie, mais à quoi ça sert concrètement ? Plusieurs choses viennent à l'esprit, comme amélioration, réparation, adaptation ou contrôle de notre vie (oui rien que ça).

Les premiers points sont évidents : qui n'a jamais abandonné
Break your chain !
l'utilisation d'un de ses logiciels parce que pas compatible avec tel ou tel système, telle ou telle version ? Dans l'absolu du logiciel libre, ce genre de limitations n'existe pas : on parle bien ici d'un absolu théorique, dans la réalité ce n'est pas aussi évident. Mais la possibilité existe. De la même façon, avoir accès au code source permet de développer une fonctionnalité pas imaginée par le développeur ou de changer la langue d'un logiciel.

Le contrôle de notre vie est quelque chose d'à la fois plus important et plus invisible. Apple, Microsoft, Facebook ou Google se sont fait une spécialité de recueillir de façon complètement invisible des données sur leurs utilisateurs. Même si la présomption d'innocence est de mise, cette surveillance est quand même plutôt flippante. Le logiciel libre permet ici de savoir ce qui est fait par tel ou tel logiciel et de modifier les comportements « délictueux ».

Quelques exemples d'application de la philosophie du libre

Outre Linux bien évidemment et les systèmes d'exploitation GNU/Linux, l'un des exemples les plus parlants de la philosophie libriste est Wikipedia. Une encyclopédie dont le contenu peut être créé, copié, modifié et distribué par tout un chacun.

On pourrait citer aussi VLC, célèbre lecteur qui permet de lire à peu près tout ce qui est possible dans le domaine de l'audio ou de la vidéo.

Un exemple intéressant est celui d'OpenOffice.org/LibreOffice. Le but du
Pas seulement ouvert, libre !
projet OpenOffice.org (OOo) était de créer un environnement bureautique libre. Il s'est imposé petit à petit comme un concurrent de poids face à Microsoft Office puisqu'il peut lire les documents Word, Excel dans une certaine mesure. Dans une certaine mesure ? Oui, le format .doc, .xls n'étant pas ouvert, les programmeurs se débrouillent comme ils peuvent pour comprendre le fonctionnement. Si votre document ne s'ouvre pas avec OOo, blâmez Microsoft et pas Sun Microsystems (la boîte à l'origine de OOo). En 2009, Sun est racheté par Oracle. Comme OOo est libre, que ses programmeurs ne sont pas d'accord avec la politique d'Oracle, ils peuvent donc se servir du code source pour proposer leur propre version du logiciel : ce sera LibreOffice. C'est ce qu'on appelle un fork, du nom anglais de la fourchette : une même base mais des dents qui peuvent se développer en parallèle. Cet exemple montre à la fois tout l'intérêt et les limites du libre : les développeurs peuvent vite prendre la mouche et créer leur propre projet parallèle aboutissant à une certaine illisibilité.

Au final, rappelez-vous que si le logiciel est libre, c'est avant tout parce que l'utilisateur l'est !

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