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Sciences & Tech Dossier

Krinein au crible, épisode 1 : ce que nos 14 000 notes racontent

Vingt-cinq ans de critiques, ça finit par faire un joli tas de chiffres. On a tout compté : les notes, les années, les rubriques, et même vos votes de l’époque. Premier épisode de l’étude du fonds, et premières surprises…

L’idée est partie d’une question toute bête : après vingt-cinq ans de critiques, qu’est-ce que Krinein a dans le ventre ? J’ai rouvert la base comme on rouvre des cartons à la cave, en se promettant de ne pas tout relire. On a tout compté : 23 372 articles publiés depuis 2001, dont 13 970 critiques notées. C’est ce tas-là qu’on passe au crible dans ce premier épisode. Qui note dur, qui note haut, depuis quand, et ce que vous en pensiez à l’époque.

  • 13 970 critiques notées entre 2001 et 2026, sur neuf rubriques.
  • La note moyenne du site : 3,35 sur 5. La plus donnée : 3,5.
  • Le cinéma note le plus dur, Sortir le plus haut.
  • Vos votes de l’époque n’étaient d’accord avec à peu près rien.

La méthode, en deux mots

Les chiffres sortent de la base du site : toutes les critiques notées publiées entre 2001 et 2026, poissons d’avril exclus (oui, il y en a, on en reparlera un jour). Les notes se lisent sur 5, comme partout ici. Les votes lecteurs de l’époque (Super, Top, Bof, Flop) sont convertis en 5, 4, 2,5 et 1.

Il était deux fois Krinein

La première vie, c’est le magazine d’équipe. En 2006, le site publie 1 472 critiques notées : une toutes les six heures, jour et nuit, toute l’année. Le rythme tient un plateau au-dessus du millier jusqu’en 2013, porté par une rédaction bénévole assez nombreuse pour couvrir la sortie de la semaine dans chaque rubrique. La seconde vie commence en 2014 : 235 critiques notées, puis un régime entre 30 et 190 par an, avec un plancher à 31 en 2025. Ce n’est une surprise pour personne, la presse culturelle bénévole a fondu à peu près partout. Mais vue d’ici, en une seule courbe, la marche est raide.

Ces deux vies pèsent très inégalement dans le tas : 85 % des critiques notées datent d’avant 2014. Quand on parle du fonds Krinein, on parle d’abord de cette première époque.

Deux graphiques : le volume annuel de critiques chute après 2013, la note moyenne grimpe
2006 : l’année où on dormait peu.

Le bon, la brute et le 3,5

Alors, on note comment, chez Krinein ? La moyenne générale tombe à 3,35 sur 5, la médiane à 3,5. Surtout, plus d’une critique sur deux se range sur 3,5 ou 4 : le 3,5 à lui seul représente 27,6 % de toutes les notes du site. La note refuge existe, on en a désormais la preuve chiffrée. Les extrêmes, eux, se méritent : 100 notes maximales en vingt-cinq ans (0,7 %), et 153 critiques à 0,5.

Histogramme des notes : 3,5 sur 5 domine avec 27,6 %
Le 3,5, doudou officiel de la rédaction.

Pourtant, ce tas apparemment stable bouge dans le temps, et pas qu’un peu. Les critiques publiées entre 2001 et 2008 tournent à 3,27 de moyenne ; celles de 2009 à 2016 montent à 3,38 ; celles d’après 2017 à 3,66. Dans le même mouvement, l’éreintement s’évapore : 14,9 % de notes à 2 ou moins sur la première période, 4 % sur la dernière. Une explication paresseuse dirait qu’on a vieilli et qu’on s’est ramolli. Les chiffres racontent autre chose : les années où le site publie beaucoup sont précisément les années où il note dur, et la corrélation entre volume annuel et moyenne annuelle est nette. Quand on couvrait tout, on avalait aussi le tout-venant, les albums calibrés, les suites qui sentent le réchauffé. Aujourd’hui les plumes choisissent ce dont elles parlent, et on ne choisit pas ce qu’on méprise.

Krinein n’est pas devenu gentil, il est devenu sélectif.

Courbes 2001-2026 : la part des notes à 4,5 et plus monte, celle des 2 et moins s’effondre
Espèce menacée : le 1,5 sur 5.

Pour une poignée de demi-points

Côté rubriques maintenant. Le classement est d’une stabilité assez amusante : le cinéma est la seule rubrique du site sous la barre des 3 (2,98 de moyenne sur 2 487 critiques), les séries et le manga suivent autour de 3,15, et tout en haut on trouve Sortir à 3,95, les jeux de société à 3,70, les livres et la musique autour de 3,6. La BD, plus gros rayon du fonds avec 3 693 critiques, tombe presque exactement sur la moyenne maison. Entre le cinéma et Sortir, il y a près d’un point plein sur 5, ce qui est énorme pour des moyennes calculées sur des centaines de textes.

Classement des rubriques par note moyenne : Sortir 3,95 en tête, Cinéma 2,98 en queue
Au cinéma, on ne fait pas de cadeau.

Le mécanisme est sans doute le même que pour l’inflation. Au cinéma, on chroniquait la sortie de la semaine, bonne ou mauvaise, parce que c’est le métier et qu’il faut bien prévenir les gens. Un spectacle ou un jeu de société, on l’a choisi, parfois attendu, souvent payé. À la décharge du cinéma : personne n’achète sa place pour un spectacle dont l’affiche sent le sapin, alors que se coltiner le navet du mercredi, quelqu’un devait le faire.

La guerre des étoiles

Reste le morceau que je préfère. À l’époque, tout le monde pouvait voter sur une fiche sans créer de compte : Super, Top, Bof ou Flop. Plus de 26 000 œuvres ont récolté des votes, et 10 988 en comptent au moins dix, de quoi comparer sérieusement votre verdict au nôtre. Résultat : une corrélation de 0,19 entre la note des lecteurs et celle de la rédaction. Autant dire rien. Ce que la rédaction porte aux nues, vous l’avez boudé : notre 5 sur La Mano Negra vaut 2,6 chez vous (947 votes), notre 5 sur 2001, l’odyssée de l’espace plafonne à 2,7. Et ce que la rédaction éreintait, vous l’avez plébiscité : 15/A cumule 1 400 votes pour une moyenne lecteurs de 4,6, en face d’un 1,2 de la rédaction qui n’y est pas allée de main morte.

Nuage de 10 988 points sans tendance : notes lecteurs contre notes rédaction
Trouvez la tendance. Prenez votre temps.

On pourrait en tirer que la critique est snob, ou que le public a mauvais goût. La vérité est plus simple et un peu vertigineuse : un vote ouvert à tous, sans compte et sans garde-fou, ne mesure pas un jugement, il mesure une affluence. Les fans de 15/A arrivaient par Google sur leur série, votaient Super, repartaient. Personne n’avait raison : tout le monde votait pour son camp. Vingt ans plus tard, à l’heure où chaque plateforme affiche des scores publics comme parole d’évangile, ce vieux compteur Krinein est plutôt une bonne leçon de choses.

Finalement, ce premier inventaire dessine un site plus constant qu’on ne l’aurait parié : la critique type fait 500 mots depuis 2001, la note s’est déplacée d’un demi-point en vingt-cinq ans, et le goût des lecteurs n’a jamais coïncidé avec le nôtre, ce qui est peut-être la définition d’une rédaction. Les moyennes récentes reposent sur de petits volumes, une trentaine de critiques certaines années : des tendances, pas des vérités au centième. La suite de l’étude quittera les notes pour la géographie : on a transformé les 23 000 textes du fonds en carte, une vraie, avec des continents par rubrique et des ponts là où on ne les attendait pas…

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