Biographie de Geoffrey Hinton
Arrière-arrière-petit-fils de George Boole, prix Turing puis prix Nobel de physique, Geoffrey Hinton a défendu les réseaux de neurones pendant un demi-siècle, souvent seul contre tous. Depuis 2023, le « parrain de l’IA » consacre sa notoriété à mettre en garde contre sa créature.
Geoffrey Everest Hinton, né le 6 décembre 1947 à Wimbledon, au Royaume-Uni, est un chercheur en intelligence artificielle britanno-canadien. Pionnier des réseaux de neurones artificiels, il a reçu le prix Turing en 2018 puis le prix Nobel de physique en 2024, consécration d’une idée restée longtemps marginale : faire apprendre les machines comme apprend un cerveau.
La science est chez lui une affaire de famille : son père était un entomologiste renommé, et il descend en droite ligne de George Boole, le père de l’algèbre logique, dont l’épouse appartenait à la famille Everest, celle-là même qui a donné son nom au plus haut sommet du monde et son deuxième prénom à Geoffrey. Diplômé de psychologie expérimentale à Cambridge en 1970, passé par une année d’apprentissage de la menuiserie, il soutient en 1978 à Édimbourg un doctorat en intelligence artificielle, à l’époque où miser sur les réseaux de neurones relève de l’hérésie.
Professeur à Carnegie Mellon de 1982 à 1987, il co-invente les machines de Boltzmann puis cosigne en 1986 l’article qui popularise la rétropropagation, l’algorithme d’apprentissage au cœur de tout le deep learning moderne. Refusant que ses travaux dépendent de financements militaires, il s’installe en 1987 à l’université de Toronto, où il entretient la flamme pendant les longues années de purgatoire des réseaux de neurones. La revanche arrive en 2012 : AlexNet, le réseau conçu avec ses étudiants Alex Krizhevsky et Ilya Sutskever, écrase le concours de reconnaissance d’images ImageNet et déclenche la ruée mondiale vers l’apprentissage profond.
Google rachète leur petite société en 2013 ; Hinton y passe dix ans, tout en cofondant à Toronto le Vector Institute. Le prix Turing 2018, partagé avec Yoshua Bengio et Yann LeCun, consacre le trio qui a imposé la discipline. Le 1er mai 2023, il démissionne de Google pour pouvoir parler librement des dangers de l’IA, et le comité Nobel le distingue l’année suivante, aux côtés du physicien John Hopfield, pour les découvertes fondatrices qui ont rendu possible l’apprentissage automatique par réseaux de neurones artificiels.
Professeur émérite de l’université de Toronto et lauréat 2025 du prix Reine Élisabeth d’ingénierie, il consacre désormais l’essentiel de ses interventions publiques aux risques de la technologie qu’il a fait naître : l’humanité fabrique, répète-t-il en 2026, des êtres numériques appelés à devenir bien plus intelligents qu’elle, sans garantie qu’ils lui restent bienveillants.
Photo : Christopher Michel, 2026 (CC BY-SA 4.0).





