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Sciences & Tech Dossier
Krinein

Krinein au crible, épisode 3 : l’épreuve du temps

Troisième fouille dans le fonds : on a demandé à Google ce qu’il restait, aujourd’hui, de nos 14 000 critiques. Réponse : pas grand-chose, et surtout pas ce qu’on croyait. Les navets s’accrochent, les chefs-d’œuvre dorment…

L’épisode 2 posait la carte ; celui-ci ouvre les tombes. La question du jour est toute simple : vingt-cinq ans après, qu’est-ce qu’on lit encore de nous ? Pour le savoir, on a pris nos 13 969 critiques notées et regardé, pour chacune, combien de fois Google l’a montrée dans ses résultats ces trois derniers mois. Ce n’est pas une mesure de qualité, c’est une mesure de demande : ce que les gens cherchent encore, et ce que plus personne ne tape jamais.

La méthode, en deux mots

Pour chaque critique, on compte ses impressions Google des 90 derniers jours (le nombre de fois où la page est apparue dans des résultats de recherche). On déclare une critique "vivante" à partir de 100 impressions, soit une apparition par jour environ. Les palmarès par note ne gardent que les verdicts d’époque : la critique publiée dans l’année de la sortie de l’œuvre.

La belle au bois dormant

Le premier chiffre est brutal : 4,4 % de nos critiques sont encore vivantes. 608 sur 13 969. La critique médiane du fonds n’a pas été montrée une seule fois par Google en trois mois : zéro impression, le silence complet. L’ensemble cumule tout de même 347 000 apparitions sur la période, mais très concentrées sur une poignée de pages. Une archive de presse culturelle, c’est ça : un cimetière magnifique avec quelques allées très fréquentées. Jusque-là, rien que de très attendu. C’est en regardant QUI survit que l’étude a déraillé.

Les revenants

On s’attendait à ce que les chefs-d’œuvre encensés vivent pour toujours et que les navets retournent à la poussière. C’est exactement l’inverse. Parmi les verdicts d’époque, 13,2 % des critiques notées 0,5 sur 5 sont encore vivantes, et 12,8 % des critiques notées 1. En face, les critiques à 3,5 ou 4 plafonnent à 3 %, et les 5 sur 5 font pareil. Une critique assassine a quatre fois plus de chances d’être encore lue aujourd’hui qu’une critique enthousiaste. Le mécanisme, une fois qu’on le voit, est limpide : on éreintait les blockbusters paresseux, les suites opportunistes et la télé du samedi soir, c’est-à-dire précisément ce que le grand public n’a jamais cessé de chercher. Et on encensait des pépites dont plus personne ne tape le nom.

Barres par note d’époque : 13,2 % des 0,5 sur 5 encore vivantes, environ 3 % des notes hautes
Plus c’est mauvais, plus ça dure.

Le palmarès des mal-aimés vivaces se passe de commentaire : Scary Movie 2 (4 700 apparitions en trois mois), Loft Story 2 (3 000, pour une critique à 1 sur 5), Sherlock Holmes version 2009, Ghost Rider 2, Saw IV, et Fast and Furious : Tokyo Drift, gratifié à l’époque d’un 0,5 sur 5 dont on ne retire pas un mot. Vingt ans après, ces pages font toujours leur travail : prévenir les gens. Le service public de la mise en garde ne connaît pas la retraite.

Nos éreintements sont devenus nos best-sellers.

Mémoires d’outre-tombe

À l’autre bout, le carré des chouchous oubliés est bouleversant pour qui a connu l’époque : 538 critiques à 4,5 ou 5 sur 5 que Google n’a plus montrées une seule fois en trois mois. Dès la promotion 2001 : Chrono Cross, Counter-Strike, Power Stone 2, Origin of Symmetry de Muse. Et Berchem Trap de Dead Man Ray, déjà boudé par vos votes dans l’épisode 1, désormais ignoré par Google : doublement maudit, ce disque devient officiellement la mascotte de cette étude.

Le grand survivant, à l’inverse, est d’une absurdité parfaite. Notre page la plus montrée par Google, toutes époques confondues, est la critique de Mr. Bean écrite en 2005 : 28 900 apparitions en trois mois, deux fois plus que la deuxième (Alf, saison 1, autre monument de rediffusion). Suivent Alice au pays des merveilles version Burton, le Marsupilami, Gang de requins. Le portrait-robot du survivant : populaire, familial, multi-rediffusé, et trop peu prestigieux pour que la grande presse s’y attarde. Sur ce créneau, une critique de 2005 fait encore l’affaire.

Par rubrique, la hiérarchie est aussi nette qu’ironique. Le cinéma, rubrique la plus sévère du site (épisode 1), est de très loin la plus éternelle : 11,9 % de critiques vivantes. Les séries suivent à 8,5 %. Tout en bas, la BD (1,8 %) et le manga (1,5 %) : un film se cherche pour toujours, un tome 14 paru en 2008 ne se cherche plus jamais. Sortir, rubrique la plus généreuse, est déjà presque toute endormie : 1,9 %, personne ne googlise un spectacle de 2009.

Barres par rubrique : cinéma 11,9 % de critiques vivantes, manga 1,5 %
Le manga meurt jeune, le cinéma jamais.

Reste la courbe par année, en U presque parfait : nos critiques de 2001-2004 vivent mieux (8 à 11 %) que celles du pic de production 2006-2016 (souvent sous 4 %, avec un plancher à 1 % pour 2013). Les débuts couvraient les classiques, le pic couvrait le flux. Et le récent remonte fort : une critique de 2024-2026 sur six est déjà vivante, signe que la sélection actuelle vise plutôt juste. Honnêteté oblige : ces impressions mesurent la demande ET notre position dans Google, pas la valeur des textes ; une page peut dormir parce qu’un concurrent nous est passé devant. À l’échelle de 14 000 pages, le motif reste éloquent.

Courbe en U : les critiques de 2001-2004 et de 2024-2026 vivent mieux que celles du milieu, plancher à 1 % en 2013
Le creux de la vague, pile au milieu.

Finalement, l’épreuve du temps ne récompense ni le goût ni la sévérité : elle récompense la demande. Les notes s’évaporent, les sujets restent. Il ne nous manque plus qu’une chose à passer au crible : la langue elle-même. Prochain et dernier épisode : les mots qui sont nés dans nos critiques, ceux qui y sont morts, et ce que 25 ans de vocabulaire disent de la culture qui passe…

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