Biographie de Jensen Huang
Il nettoyait les toilettes d’un internat du Kentucky où sa famille l’avait inscrit par erreur, et servait chez Denny’s à quinze ans. Trente ans après avoir fondé Nvidia dans une banquette de ce même restaurant, Jensen Huang dirige la première entreprise à avoir valu cinq mille milliards de dollars.
Jensen Huang, né Huang Jen-hsun le 17 février 1963 à Taipei, est un ingénieur et chef d’entreprise américain d’origine taïwanaise, cofondateur et directeur général de Nvidia. Ses processeurs graphiques, conçus à l’origine pour faire tourner des jeux vidéo, sont devenus le carburant obligé de l’intelligence artificielle mondiale.
Fils d’un ingénieur chimiste et d’une institutrice, il passe son enfance en Thaïlande avant d’être envoyé à neuf ans aux États-Unis avec son frère. Un oncle les inscrit dans ce qu’il croit être une école prestigieuse du Kentucky : c’est en réalité un internat de redressement, où le petit garçon partage la chambre d’un adolescent tatoué, nettoie les toilettes chaque jour et apprend le tennis de table, discipline dans laquelle il montera à quinze ans sur le podium en double d’un tournoi national. Diplômé du lycée avec deux ans d’avance, ingénieur de l’Oregon State University, il paie ses études en travaillant de nuit chez Denny’s.
Le 5 avril 1993, il fonde Nvidia avec Chris Malachowsky et Curtis Priem, deux cents dollars chacun, autour d’une table de ce même Denny’s où le café est bon marché. La société frôle la faillite : un mauvais choix technique la laisse en 1997 avec un mois de salaires en caisse, d’où la formule que Huang répète depuis en ouverture de ses discours, l’entreprise est à trente jours de disparaître. Elle survit avec la carte RIVA 128, invente en 1999 le mot GPU avec la GeForce 256, puis engage à partir de 2006 plus d’un milliard de dollars dans CUDA, une couche logicielle qui permet d’utiliser ces puces de jeu pour n’importe quel calcul.
Ce pari sans débouché visible devient la fondation de tout : en 2012, le réseau de neurones AlexNet est entraîné sur deux cartes de joueur achetées dans le commerce, et l’apprentissage profond découvre qu’il a trouvé sa machine. Quinze ans plus tard, tout l’écosystème logiciel de l’IA repose sur CUDA, et Nvidia équipe plus de huit puces d’entraînement sur dix. La capitalisation suit une courbe sans équivalent : mille milliards de dollars en 2023, première entreprise du monde en 2024, cinq mille milliards le 29 octobre 2025. Le 27 janvier de la même année, l’irruption du chinois DeepSeek lui avait fait perdre six cents milliards en une séance, record absolu de l’histoire boursière américaine.
Lauréat 2025 du prix Reine Élisabeth d’ingénierie aux côtés de Geoffrey Hinton, Yoshua Bengio et Yann LeCun, il règne sans bureau fixe, sans montre, sans réunion en tête-à-tête et avec une soixantaine de collaborateurs en prise directe. Il porte le même blouson de cuir noir depuis vingt ans, s’est fait tatouer le logo de sa société le jour où l’action a passé cent dollars, et découvre en 2014 que la patronne de son concurrent AMD, Lisa Su, est sa cousine.
Photo : Anders Eidesvik, 2026 (CC BY-SA 4.0).





