Biographie de Aidan Gomez
À vingt ans, stagiaire chez Google, il cosignait l’article qui a inventé l’architecture de tous les modèles de langage actuels. Aidan Gomez dirige aujourd’hui Cohere, l’alternative canadienne aux géants américains, et plaide pour que chaque pays garde la main sur son intelligence artificielle.
Aidan Gomez, né au Canada au milieu des années 1990, est un informaticien et entrepreneur canadien, cofondateur et directeur général de Cohere. Il est l’un des huit auteurs de « Attention Is All You Need », l’article de 2017 qui a introduit l’architecture Transformer, socle de tous les grands modèles de langage.
Il a grandi à Brighton, petite ville de l’Ontario, et étudiait l’informatique et les mathématiques à Toronto quand il obtient un stage chez Google Brain. Il a vingt ans lorsque paraît l’article. L’idée qu’il défend avec ses coauteurs est d’une simplicité redoutable : jusque-là, les réseaux lisaient une phrase mot après mot, en gardant péniblement le fil ; le mécanisme d’attention leur permet de considérer tous les mots d’un coup et de pondérer ceux qui comptent. En rendant l’entraînement massivement parallélisable, il ouvre la voie à la course à l’échelle dont sont sortis ChatGPT et ses concurrents.
Parti faire un doctorat à Oxford, il l’interrompt en 2019 pour fonder Cohere à Toronto avec Ivan Zhang et Nick Frosst, ancien élève de Geoffrey Hinton et par ailleurs chanteur d’un groupe de rock. Leur pari est à contre-courant : pas d’assistant grand public, mais des modèles vendus aux entreprises et déployés chez elles, sur leurs propres serveurs si elles le souhaitent. La maison sort des modèles de génération, de recherche documentaire et de traduction, dont la famille multilingue Aya, et une plateforme d’agents pour les entreprises.
La stratégie a trouvé son public : sept milliards de dollars de valorisation à l’automne 2025, des revenus annualisés multipliés par plus de dix en deux ans, des partenariats avec Oracle, SAP, Dell, la banque RBC, le japonais Fujitsu ou l’industriel Thales, et le soutien du gouvernement canadien. En 2025, il recrute la chercheuse Joëlle Pineau, transfuge de Meta, comme directrice de l’intelligence artificielle ; au printemps 2026, Cohere annonce le rachat de l’allemand Aleph Alpha avec l’appui de Berlin.
C’est sur ce terrain qu’il s’est fait entendre. Sceptique de longue date sur les risques existentiels prêtés aux machines, qu’il tient pour une distraction, il défend une idée devenue son cheval de bataille : louer son intelligence artificielle à une entreprise étrangère plutôt que la posséder est un risque de sécurité nationale. À Paris, en juin 2026, il l’a formulé autrement : si l’on veut que la démocratie reste le mode de gouvernement dominant, plusieurs démocraties doivent tenir les premières places, et pas seulement les États-Unis.
Photo : Gabriel Hutchinson, 2025 (CC BY-SA 4.0).





