Biographie de Mustafa Suleyman
Fils d’un chauffeur de taxi syrien, il a quitté Oxford à dix-neuf ans et n’a jamais écrit une ligne de code : Mustafa Suleyman n’en a pas moins cofondé DeepMind, puis pris la tête de l’intelligence artificielle de Microsoft. Il consacre ses livres à une question, celle de savoir si l’on peut encore contenir ce qu’on fabrique.
Mustafa Suleyman, né en août 1984 à Londres, est un entrepreneur britannique, cofondateur de DeepMind et directeur général de Microsoft AI depuis 2024. Seul des trois fondateurs de DeepMind à ne pas être scientifique de formation, il est devenu l’un des dirigeants les plus influents et les plus écrits du secteur.
Fils d’un chauffeur de taxi syrien et d’une infirmière anglaise, boursier dans un lycée sélectif du nord de Londres où il croise un certain Demis Hassabis, il entre à Oxford pour y étudier la philosophie et la théologie, et abandonne à dix-neuf ans. Il cofonde alors un service d’écoute téléphonique pour jeunes musulmans, travaille auprès du maire de Londres sur les droits humains, puis se spécialise dans la facilitation de négociations complexes. Ce parcours de sciences humaines explique sa place particulière dans l’histoire de l’IA : là où les autres apportaient des algorithmes, il apportait la question des usages.
En 2010, il fonde DeepMind avec Demis Hassabis et Shane Legg, et y prend la responsabilité des produits appliqués. Après le rachat par Google en 2014, il lance DeepMind Health, dont l’accord avec un hôpital londonien tourne au cas d’école : les données identifiables d’un million six cent mille patients ont été transférées bien au-delà du périmètre annoncé, et le régulateur britannique conclura en 2017 que l’hôpital a manqué à la loi. Suleyman reconnaît publiquement avoir sous-estimé la complexité du système de santé et de ses règles. En 2019, il est mis en congé après des plaintes de salariés visant son style de management ; il présente ses excuses, admet un comportement qui n’était pas constructif, et rejoint quelques mois plus tard Google, où il s’occupe de politique publique de l’IA.
Il repart en 2022 avec Reid Hoffman et le chercheur Karén Simonyan pour fonder Inflection AI et son assistant Pi, conçu pour être bienveillant plutôt que performant, et lève un milliard trois cents millions de dollars. En mars 2024, Microsoft récupère l’équipe presque entière et lui confie une division créée sur mesure : Copilot, Bing, Edge. Depuis, il a doté la maison de ses propres modèles pour la réduire de sa dépendance à OpenAI, et pris en novembre 2025 la tête d’une équipe consacrée à la superintelligence, au moment même où il cédait le pilotage quotidien de Copilot.
Son livre The Coming Wave, paru en 2023, pose la question qui l’occupe : peut-on contenir des technologies qui se répandent et se copient toutes seules ? Il n’en est pas certain lui-même, et c’est ce doute qui fait la force du livre. Il propose aussi un test de Turing revu à sa manière, où l’on jugerait une machine à sa capacité à transformer cent mille dollars en un million, et prévient depuis 2025 contre les intelligences qui sembleront conscientes sans l’être : il faut, écrit-il, construire une IA pour les gens, pas une IA qui soit quelqu’un.
Photo : Christopher Wilson, 2024 (CC BY-SA 4.0).





